#1 Son métier, c’est plumassière

Vous avez lu le titre, vous n’avez pas compris.
C’est souvent ce qui arrive aux personnes qui demandent à Prune ce qu’elle fait dans la vie. Moi y compris.

Alors j’ai voulu en savoir plus, et Prune a très volontiers accepté de m’accorder une petite interview que je suis ravie de vous retranscrire sur mon blog aujourd’hui.

Prune a 25 ans, travaille depuis 3 ans chez Lemarié, et exerce un des plus vieux métiers de la mode, un métier passionnant dont peu de gens connaissent l’existence: la plumasserie.

Pour vous mettre dans le bain, laissez-moi vous en dire plus sur Lemarié: tout commence en 1880 lorsque Palmyre Coyette fonde un petit atelier familial du joli nom  de « La fabrique de plumes pour parures ». Cet atelier aquiert au fil des années le titre de « Premier plumassier de france ». Rejointe par ses enfants, puis par son petit fils André Lemarié en 1946, la maison Lemarié commence alors à travailler la plume pour les plus prestigieux créateurs  de la Haute Couture (Christian Dior, Cristobal Balenciaga, Nina Ricci entre autres).
Reprise par Chanel en 1996, la maison Lemarié demeure un des principaux plumassiers de france: l’atelier qui se situe à Pantin (93) est aujourd’hui divisé en 3 sections: le travail de la plume, le travail des fleurs et la couture.

♦♦♦

Alors Prune, le travail de la plumassière, c’est quoi exactement ?
La plumassière, c’est la personne qui s’occupe du travail de la plume! Je suis plumassière chez Lemarié, et je travaille donc la plume sur les collections Chanel, principalement sur des pièces de la Haute Couture, ou du Prêt-à-Porter haut de gamme.
La plumasserie, c’est un métier vieux comme le monde aujourd’hui éligible à la distinction de maître d’art (en France), et un métier qui n’est pourtant pas très connu!

Crédits photos: lemarie-paris.fr

Et comment en es-tu arrivée là ?
J’ai toujours été très créative (ça, ça me vient de ma maman), quand j’étais petite je m’amusais à fabriquer des bracelets, des petites trousses, je bricolais sans cesse.. en fait,  je ne me voyais pas faire autre chose que de la création plus tard!
Alors, j’ai commencé un BTS en stylisme modélisme, puis j’ai intégré MODART, pour continuer mes études dans l’accessoire. Diplomée dans le stylisme d’accessoire, j’ai décidé de me spécialiser en métier d’art et j’ai choisi la plumasserie, car c’est celui qui représentait le plus gros challenge pour moi. J’ai commencé à travailler chez Lemarié en intérim pour une mission de 2 semaines, qui s’est prolongée pour finalement se conclure par un CDI en Mars dernier.

Félicitations alors! Et comment ça se passe à l’atelier, il y’a une bonne ambiance?
Oui, on travaille dans une ambiance très agréable. Notre atelier, c’est comme un atelier de copines, et même si nous ne sommes que des filles à la production il n’y a pas de mesquinerie, d’hypocrisie ou de coups bas et ça c’est super.
L’atelier est divisé en trois parties:  nous sommes huit personnes au total à la plumasserie,  une vingtaine de filles au travail de la fleur artificielle et elles sont six à travailler sur le détail couture. Un métier très féminin donc!
Mais il y a des garçons aussi, eux, ils sont au plutôt au bureau pour gérer la production et la relation clientèle, ou à l’atelier pour la préparation et découpe du tissu sur de grosses machine.

Quelle est ta journée type?
En fait, ma journée type ne sera pas la même selon la période dans laquelle on se situe:
– Si nous sommes en période de collection, c’est-à-dire les 2/3 semaines qui précèdent le défilé, c’est le gros rush. La DA (= la directrice artistique, qui fait le lien entre les stylistes Chanel et nous) nous fournit le thème général de la collection. A partir de ce thème, de ses couleurs et de ses matières, nous devons créer des échantillons, qui seront présentés à Monsieur Karl Lagerfeld et ses stylistes. Les croquis des vêtements qui défileront quelques semaines plus tard viennent d’être terminés. Ils vont alors choisir les effets textiles de leurs vêtements à partir de notre échantillonage. Une fois les décisions prises, les vêtements sont confectionnés dans l’atelier rue Cambon, puis envoyés dans nos ateliers pour tout ce qui concerne le détail: retouche mode, insertion de plumes ou de fleurs. Une fois sortis de chez nous, les vêtements et accessoires sont prêts à être portés sur le podium.
– Si nous sommes en période hors collection, nous allons travailler sur la production. C’est un travail plus répétitif: nous allons reproduire le même travail plusieurs fois selon le nombre de commandes, suite au défilé, nous allons agrémenter les robes et accessoires Haute-Couture des détails plumes qui font la renommée de la maison.

Crédits photos: lemarie-paris.fr

C’est beaucoup de stress non?
Pendant les collections, il y a beaucoup de stress oui: il faut travailler vite, bien et ne pas compter les heures!

Tu as un mentor dans le domaine?
Oh oui, et c’est est une de mes anciennes profs, Nelly Saunier. Elle est maître d’art, et  l’une des meilleures plumassières, si ce n’est LA meilleure plumassière que je connaisse! Ce métier est une vocation pour elle et lui serait paru incensé de faire autre chose. Je la considère comme le chaman de la plume, la numéro 1, elle est reconnue dans le monde entier. Je rêve de pouvoir travailler avec elle un jour, dans son atelier parisien que j’ai d’ailleurs eu la chance de visiter.

Quelles sont les qualités qu’une plumassière doit avoir?
La plumasserie est un des métiers d’art les plus difficiles, il requiert de nombreuses qualités: il faut être très concentré, avoir une grande dextérité, être minutieux, créatif et aussi être très patient.

Des avantages à bosser en relation avec Chanel?
Les ventes pressses, bien sûr !! et puis, on est très gâté à Noël aussi..

Quel a été ton plus beau moment depuis que tu travailles?
Ma rencontre avec Karl Lagerfeld (gros, gros sourire)! J’ai eu la chance de travailler dans l’atelier rue Cambon sur un manteau de la collection Automne/Hiver, supposé défiler le lendemain. L’essayage se fait le soir même, j’ai donc travaillé dessus jusque tard dans la nuit. Le lendemain, la première d’atelier, Martine, a souhaité que je sois présente en backstage pendant le défilé au Grand Palais, au cas où il y ait un problème sur ce manteau ou sur les autres pièces: je devais être là pour les raffistolages de dernière minute. Finalement, il n’y a eu aucune retouche à faire pendant le défilé, j’avais fait du bon travail, j’étais plutôt contente de moi! Et je n’étais pas la seule: Martine est venue me féliciter et m’a proposé d’assister au pot des couturières le lendemain pour me remercier. J’ai fait pas mal de jalouses dans mon atelier, mais je suis fière d’avoir vécu ce moment: j’ai pu rencontrer toutes les premières d’atelier, celles que je suis habituée à voir derrière un écran de télé d’habitude, mais aussi Karl Lagerfeld himself! J’ai été touchée par sa présence, son investissement envers les personnes qui travaillent pour lui (il connait le nom de ses couturières!), mais également par son âge: il approche les 80 ans tout de même! malgré ça, il a pris le temps de répondre à nos questions, de nous remercier, de signer des autographes. Rencontrer cette icône de la mode a été un grand moment dont je me souviendrai longtemps!

Et aujourd’hui, contente d’avoir fait ce choix professionel?
Oui, je suis contente de faire partie du petit nombre de plumassiers en france. Encore plus heureuse d’appartenir à cette maison qu’est Lemarié.
C’est un métier difficile dans le sens où tu touches la mode de très près, mais tu restes dans l’ombre, et tu n’as pas forcément toujours de reconnaissance pour ton travail.
Mon rêve, ce serait de devenir un jour maître d’art (le plus haut grade des métiers d’art), et pouvoir ouvrir mon propre atelier !

♦♦♦

Je perds pas le nord: n’oubliez pas d’aller voter pour mon blog pour les GOLDEN BLOG AWARDS 2012 !